Eric Denécé, Olivier Marleix, des agents de la DGSI, des candidats de l’AfD… Des gens qui « posent problème », vraiment ? On voudrait nous faire croire que des assassinats sont déguisés en suicides ? Ou c’est juste que les fans des « suicidés » en question n’ont pas la moindre idée d’à quoi ressemble des problèmes de santé mentale ?
Avertissement : cet article parle de suicide et de santé mentale. Si vous êtes sensible sur ces sujets, passez votre chemin.
Rappel du numéro de prévention contre le suicide : 3114 (gratuit, vous pouvez l’appeler n’importe quand si vous avez besoin d’aide, peur de faire une bêtise, ou si vous avez peur qu’un proche en fasse une)
Deuxième rappel, surtout à destination des hommes (puisqu’il va être en partie question de santé mentale masculine ici) : les psys ne sont pas pour les fous, les femmes ou les faibles. Les arrêts de travail non plus.
Suicide d’Éric Denécé

Éric Denécé, dont le suicide est souvent remis en doute, se présentait comme un ancien agent du renseignement. Il dirigeait un think tank qui a vu plusieurs démissions depuis le début de la guerre en Ukraine… Et ses prises de position pro-russes.
Le 9 juin 2025, il a été retrouvé mort dans sa voiture, au bord d’une route, non loin de chez lui. Une arme de chasse était à côté de lui. La réaction de sa famille et de ses amis a été : impossible. Pour plein de raisons. Et je vais m’employer à démontrer qu’aucune n’était une garantie que Denécé – ou n’importe qui d’autre – aille bien :
- Il était en grande forme physique. Quel est le rapport ?
- Il était en grande forme morale. Il paraissait en grande forme morale. On ne peut jamais savoir ce qu’il se passe dans l’esprit de quelqu’un. À noter qu’il était en grande difficulté financière, sur le point de déposer le bilan.
- Il avait des projets. Sauf que se donner des projets ne veut pas dire qu’il se sentait bien en se levant le matin. Une tentative de suicide n’arrive ni « dans un moment de faiblesse » ni « au bout de la dégradation de la santé mentale ». Elle arrive quand une personne se sent au pied du mur et a la possibilité de mettre un terme à sa vie.
Une faillite est également un risque. Les agriculteurs témoigneront du lien entre difficultés financières et suicide…
Vision stéréotypée du suicide
Évidemment, un suicide est très dur à accepter pour la famille, les amis ou les collègues. On se demande si on n’a pas raté quelque chose. On ne comprend pas pourquoi quelqu’un qui « semblait » aller bien quelques heures plus tôt se tirerait une balle. Je pense que c’est surtout parce qu’on a une vision très stéréotypée du suicide. Les gens pensent souvent qu’il y a plusieurs tentatives avant d’aboutir au suicide. Voire que certaines personnes sont « trop fortes » pour ça.
Cela ressemble étrangement à une vision genrée du suicide. Les personnes qui font plusieurs tentatives, en général, ce sont les femmes. Tout simplement parce que la plupart des hommes n’ont pas l’occasion d’en faire plus d’une. Statistiquement, les hommes choisissent des méthodes bien plus radicales que les femmes, comme les armes à feu ou la pendaison. Les femmes se tournent souvent vers des médicaments.
En raison des différences de méthodes employées, une première tentative de suicide chez une femme sera souvent un suicide chez un homme. Cela se vérifie dans les statistiques, les femmes font plus de tentatives que les hommes, mais il y a plus de tentatives abouties chez les hommes que chez les femmes. Le problème, c’est que notre vision du suicide est calquée sur « plusieurs tentatives, puis un suicide » alors que si une personne fait plusieurs tentatives de suicide, en général, ce n’est pas qu’elle se sent « de plus en plus mal », c’est qu’elle n’a pas accès à des méthodes suffisamment létales pour pouvoir en finir tout de suite. Ce qui permet de la prendre en charge et donc de l’aider.
Un guerrier ne se suicide pas ? Vraiment ?
Pour en revenir à Denécé, on remarquera également cette espèce de virilité toxique qui règne parmi ses amis. Pour eux, il n’était pas « assez faible » pour en arriver là ou il était un « guerrier ». Évidemment, ce genre de croyances n’aide pas un homme en difficulté à demander de l’aide.
Pour aller sur un versant un peu plus complotiste, certaines personnes ont mentionné qu’il serait sur une liste de personnalités à atteindre des services de renseignements ukrainiens. En réalité, les « services » mentionnés ne sont rien d’autre qu’un site qui recense toutes les personnalités publiques soutenant d’une manière ou d’une autre la Russie (notamment Orban ou Al Assad) et doxxant leurs coordonnées. En 2019, le site recensait près de 200 000 noms, allant du simple citoyen à l’homme politique. Ça ressemble plutôt à une opération de guerre psychologique. Je juge peu probable qu’ils envoient un commando armé à chaque personnalité présente sur ce site. Ils ont autre chose à faire en ce moment.
Une technique de « name and shame » visant des militants pro-russes… À savoir que je n’ai même pas vérifié si Denécé était présent sur le site en question (« Mirotvoets », qui signifierait « Faiseurs de Paix » en français). Tout d’abord parce que je ne parle pas un mot d’ukrainien… Ensuite parce que le nombre de personnes recensées suffit à comprendre que c’est un outil d’intimidation/de propagande avec une sale méthode. Pas une liste publique de personnes à éliminer.
Suicides de trois agents de la DGSI

À la même période, à la mi-2025, une polémique étrange a éclaté sur les réseaux sociaux. Les gens ont commencé à remarquer que des agents de la DGSI avaient mis fin à leurs jours. Un en janvier, deux en juin, donc trois. Dont deux qui avaient mis fin à leurs jours sur leur lieu de travail.
On a donc vu fleurir toutes sortes d’allégations. Ça allait du « les coïncidences n’existent pas dans les services de renseignements » (sauf que si on a réellement des services de renseignements qui ne croient pas au hasard, c’est inquiétant, ça signifie qu’ils risquent de partir dans des chasses aux chimères…) au « on veut des réponses, vous n’avez pas le droit de faire une enquête 100 % en interne » (ah pardon, il faudrait compromettre toutes les enquêtes en cours de la DGSI, vous donner les identités des défunts et vous laisser aller embêter leurs familles. Vous voulez aussi les noms des écoles de leurs gamins pour aller les interroger après leur cours de maths ? Vous pensez que j’exagère ? D’après la réaction de certaines personnes après le suicide de Marleix, je vous assure que certains en seraient capables…).
Je vais remettre les pendules à l’heure :
- « sur le site de la DGSI », ça peut vouloir dire dans les toilettes du quatrième étage à la pause café. Ou dans sa voiture en arrivant le matin, dans le parking souterrain. Ça ne dit absolument rien des procédures de sécurité du site en question. Des suicides de membres des forces de l’ordre sur leur lieu de travail, il y en a tous les ans.
- Et vous, simple citoyen… Vous avez déjà pleuré toutes les larmes de votre corps en arrivant le matin au travail avant de sortir de votre voiture ? Ou aux toilettes de votre travail ? Vous avez eu l’impression de ne jamais vous en sortir ? Que votre vie est nulle et que vous n’êtes qu’une merde ?
Probablement.
Retenez simplement que n’importe quel membre des forces de l’ordre, agent de la DGSI ou pas, peu importe le service, peut tomber aussi bas que vous. La seule différence, c’est qu’il a une arme à feu et pas vous. Un flic armé en burn-out qui arrive à son travail avec 2 heures de sommeil, une dose de caféine bien trop élevée dans le sang et après une énième dispute de couple est probablement aussi dangereux pour lui-même qu’une personne au bord du coma éthylique qui récupère ses clefs de voiture à la fin d’une soirée.
Malgré l’aura de mystère que les gens prêtent à la DGSI, elle reste un service composé d’humains. Un agent peut s’ôter la vie pour plein de raisons. Personnelles, amoureuses, familiales, financières, ou professionnelles. Peut-être aussi qu’il croule sous les dossiers et qu’il est en plein burn-out. Je pourrais aussi vous parler des phénomènes « d’épidémies », qui font que souvent, quand il y a un suicide dans un groupe, il y en a d’autres à la suite. Malheureusement, un passage à l’acte peut donner de mauvaises idées à d’autres personnes au bout du rouleau.
Attention à ne pas tomber systématiquement dans le fantasme
Le quotidien à la DGSI, malgré tous les fantasmes qui l’entoure, est probablement à 95 % normal. Vous n’avez qu’à lire les livres qu’ont sorti d’anciens espions au fil des ans. On est très loin de James Bond. L’essentiel du travail se déroule derrière un bureau. Quand il y a des missions particulières, on est également très loin de la série américaine ou des barbouzes.
Donc l’idée de mobiliser des agents pour assassiner des gens ou régler des problèmes délicats pour ensuite les éliminer est assez stupide… sans compter une question : on fait quoi des gens qui ont éliminé les agents qui en ont trop fait/vu, après qu’ils les aient éliminés ? Pourquoi risqueraient-ils moins de parler que les gens qu’ils ont éliminés, justement parce qu’ils risquaient trop de parler ? Ou alors on embauche encore des gens pour les éliminer ? Cette histoire va démarrer une chaîne infinie d’élimination de ceux qui en ont « trop vu »…
Et le sommet de cette comédie ?
- En 2024, 26 gendarmes et 27 policiers se sont suicidés, sur leur lieu de travail et ailleurs.
- En 2025, je n’ai pas trouvé de chiffres officiels ou d’articles de journaux, mais d’après quelques blogs, j’ai pu comptabiliser au moins une vingtaine de suicides de policiers et une poignée de gendarmes, probablement plus.
Fin 2025, un autre agent de la DGSI s’est suicidé. Et début 2026, encore une autre. Sauf que bizarrement, parmi les gens qui jouaient les lanceurs d’alertes six mois auparavant, personne ne s’en est soucié.
Le souci de la santé mentale des membres des forces de l’ordre passe étrangement vite quand il n’y a rien de sensationnel à relayer…
Suicide d’Olivier Marleix

Le 7 juillet 2025, le président du groupe Les Républicains à l’Assemblée Nationale est retrouvé mort chez lui, pendu. Par précaution, les autorités ouvrent une enquête, qui sera close le 30, concluant au suicide. La maison était verrouillée et il n’y a aucune trace d’effraction (les gendarmes ont du forcer une porte pour entrer). Ils ont retrouvé Marleix pendu à une corde accrochée à une poutre à 2,80 mètres du sol. L’autopsie conclura à la présence d’une légère quantité d’alcool dans son sang et à l’absence de blessures de défense. Le déclencheur du passage à l’acte aurait été une dernière conversation avec sa compagne retrouvée dans son téléphone. On ne connaît évidemment pas les détails, mais pour servir de déclencheur, on peut supposer qu’elle était négative.
Son frère a pris la parole plus tard, souhaitant reprendre son combat contre la corruption. Olivier Marleix travaillait sur l’affaire de la vente de l’entreprise Alstom avant sa mort. Cette vente impliquait plusieurs personnes, dont Emmanuel Macron. Évidemment, sa position dans le domaine de la lutte contre la corruption a généré de nombreuses théories sur son décès.
Pourquoi le tuer ?
- Il aurait demandé une commission parlementaire sur la corruption. Même si c’était vrai, il existe plein de moyens d’esquiver une commission parlementaire. On l’a appris avec Kohler, Bayrou ou Bergé.
- Il sortait un livre gênant. Il a bien sorti un livre posthume en novembre 2025. Sauf que quand on écrit un livre, on ne dévoile pas le manuscrit à la dernière minute à son éditeur. Il y a plusieurs échanges pour relecture et correction. Quel aurait été l’intérêt de s’en prendre à lui et pas à aux autres gens qui ont lu ses écrits ? Sans compter que le manuscrit achevé du livre a été retrouvé dans sa voiture… Donc on assassinerait un homme pour un livre, tout cela en ne laissant aucune trace… Mais en oubliant de voler ledit livre après ? Pas crédible.
- D’après son frère, Olivier Marleix comptait déposer une proposition de loi constitutionnelle pour dire que la sécurité/dissuasion nucléaire française était inaliénable. Ce qui, d’après certains observateurs, aurait gêné le projet de dissuasion nucléaire avancée d’Emmanuel Macron… Sauf que ce n’est pas le cas. Macron n’a pas aliéné notre dissuasion nucléaire. La chaîne de commandement n’a pas changé, c’est toujours le président français qui a la main. Et on a aussi toujours la main sur la définition de nos intérêts vitaux. En résumé, le projet de Macron n’a jamais été qu’un parapluie nucléaire en plus pour les pays qui le souhaiteraient. Cela permet à la France d’intervenir, si elle le souhaite, hors de son territoire.
Problèmes constitutionnels
Et surtout, ça reste de la dissuasion nucléaire. Le principe est de placer des têtes nucléaires pour dissuader et dire que l’on peut les utiliser. Appuyer sur le bouton reviendrait à briser le tabou du nucléaire, ce que personne n’est prêt à faire (même pas Poutine ou Trump). Et heureusement, car cela reviendrait à faire un pas de plus vers la fin de l’humanité. Personnellement je considère qu’on en a déjà suffisamment fait comme ça.
=> Changer la Constitution n’aurait pas forcé Macron à revoir le fond de son projet. Simplement, il aurait dû adapter les mots utilisés, ça n’aurait rien changé pour lui.
De plus, passer une proposition de loi constitutionnelle est un parcours du combattant. Il faut la faire passer par plusieurs commissions, au risque qu’elle soit rejetée. Le texte doit être adopté dans les mêmes termes dans les deux chambres et voté aux 3 cinquièmes du Congrès. Entre temps, Emmanuel Macron aurait eu tout le loisir de prendre n’importe quelle disposition pour mener son projet de dissuasion nucléaire à terme. Disposition qui n’aurait pas forcément été abrogée par la révision constitutionnelle (encore une fois, cela dépendait des mots utilisés).
Et il y a bien eu une vingtaine de tentatives de révisions de la Constitution depuis 1958. Différents partis politiques en promettent une à chaque élection. Ça n’a rien de particulièrement exceptionnel… Rien qui justifie de tuer quelqu’un.
Décès en chaîne de candidats de l’AfD pour les élections communales de Rhénanie-du-Nord-Westphalie (Allemagne)
Avant les élections communales de septembre 2025, quelques candidats du partis allemand d’extrême-droite sont décédés. Certaines personnes ont donc commencé à imaginer une stratégie d’élimination des candidats de l’AfD. (les théories de ce genre sont courantes quand une personne vue comme politiquement incorrecte décède, même aux États-Unis.)
On constate que toutes ces polémiques ont éclaté à la même période et dans la même zone. Mi-2025, dans deux pays qui partagent une frontière. On pourrait se demander si elles ne se seraient pas « auto-nourries », provoquant ainsi une attention accrue sur les décès/suicides de gens que leurs soutiens considéraient comme « gênants » pour le « système ».
En effet, six candidats de ce parti sont décédés et un septième s’est suicidé pendant la campagne électorale.
Les statistiques étonneront toujours…
Cette théorie, relayée par Musk, a cependant été réfutée un peu plus tard :
- 6 candidats sont également décédés dans les autres partis ;
- La moyenne d’âge des candidats était de 59 à 80 ans, avec des problèmes de santé et des maladies chroniques pour beaucoup d’entre eux.
→ Vraisemblablement, il s’agit plutôt d’une bizarrerie statistique. Sur tout le Land, il y avait un peu plus de 3 000 sièges à pourvoir, chacun ayant plusieurs candidats de partis différents en lice. Il y aurait donc eu un total d’une quinzaine de décès sur probablement plus de 10 000 candidats. Dont au moins mille de l’AfD… (on parle d’élections communales dans lesquelles ils étaient bien placés dans les sondages, ce serait logique de mobiliser un maximum de moyens pour gagner le plus de sièges possibles.)
Toutes les estimations du paragraphe précédent sont faites de tête. Je ne suis pas allé fouiller les médias allemands pour retrouver les chiffres exacts, j’essaie simplement de vous donner une idée de l’ordre de grandeur.
Pour la petite anecdote, ils n’ont pas gagné. Ils sont arrivés troisièmes derrière les deux partis allemands classiques, mais ont triplé leur nombre de sièges dans le Land pour arriver à 552.
Pour conclure, on pourrait aussi parler des trois décès le jour du second tour des municipales de 2026, qui incluent un colistier RN, du décès d’une candidate entre les deux tours de l’élection de 2020, qui avait provoqué léger souci parce que sa liste avait quand même remporté l’élection, ou encore du décès du candidat aux municipales de 2026 souverainiste Reynald Cronier à Pau après avoir chuté d’une échelle chez lui… Des gens impliqués dans les élections qui décèdent avant celles-ci, il y en a toujours eu. Surtout que la politique attire des gens souvent âgés, ce qui augmente les risques.
