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Azov : histoire d’un régiment controversé

Histoire du régiment Azov

Ce régiment ultra-nationaliste s’est formé en 2014 pour la défense de Marioupol face à l’invasion russe suite à l’Euromaïdan. Ils tiennent leur nom de la mer d’Azov, au bord de laquelle se trouve la ville. Leurs activités consistaient à pourchasser des militants pro-russes, ce qui leur a valu l’attention des médias russes. Ils reprenaient des symboles nazis et agressaient également des militants LGBT ou des roms. Cela leur a valu une mauvaise réputation. Le gouvernement ukrainien a tenté de la réduire en les intégrant dans l’armée régulière.

Leur idéologie tient plus du fascisme italien que du nazisme et ils étaient fortement anticommunistes avant d’être nazis. Après avoir été intégré dans l’armée ukrainienne quelques mois après sa création, le régiment est devenu un bataillon. Sa composition s’est diversifiée. Il comprenait même des juifs. En réalité, le régiment était bien plus nationaliste que nazi. Sur le champ de bataille, nombre de combattants avec des tatouages douteux faisaient équipe plus ou moins ouvertement avec des juifs.

Réputation

En 2022, ce bataillon rassemblait au maximum 5 000 hommes sur les centaines de milliers de soldats ukrainiens, ce n’était donc clairement pas la majorité. Ils ont également toujours suscité la méfiance des autorités ukrainiennes elles-mêmes car ils n’étaient pas particulièrement pro-gouvernement ou même pro-démocratie. S’ils s’en prenaient aux russes, c’était pas nationalisme avant tout : leur idéal était plutôt un régime autoritaire indépendant.

Je précise également que Zelensky n’a pas vraiment recueilli l’approbation unanime de ce bataillon, tout simplement parce qu’il est juif. Quelle ironie, la Russie qui accuse un juif de faire appel à des nazis… Surtout quand on sait qu’en termes de rapprochement avec les nazis, les russes ne sont pas en reste non plus. On peut citer le Groupe Roussitch qui mélange des idées et des symboles néo-nazis et néo-païens, connu pour ses tortures. De même, le Groupe Wagner, dont le nom viendrait du fait que le compositeur Wagner était le compositeur préféré d’Hitler, est un bon exemple également (l’un des fondateurs du groupe, Dmitri Outkine avait quelques tatouages particuliers également, j’en parle ici).

Néo-nazisme d’Azov

En réalité, ces groupes nazis d’Europe de l’Est ne reflètent rien d’autre que l’un des nombreux versants de cette idéologie. Hitler avait effectivement pioché énormément de références dans la mythologie nordique pour nourrir son schéma de pensée. Il a énormément influencé la vision actuelle de la mythologie nordique (voire du néo-paganisme en général). Sans compter le fond d’antisémitisme qui a toujours régné en Europe de l’est comme partout ailleurs dans le monde. Les ravages du stalinisme ont aussi poussé de nombreuses personnes opprimées à se tourner vers la seule alternative forte qu’on leur proposait à cette époque : Hitler.

Il ne s’agit pas seulement de l’histoire ukrainienne, mais en réalité de l’histoire de toute l’Europe de l’est. Le continent n’est pas partagé en petites zones imperméables les unes aux autres. Et les gens n’en arrivent pas à croire en une idéologie aussi extrême que le nazisme par hasard.

Ça n’excuse évidemment pas les actes antisémites et les agressions de militants LGBT ou de roms. Seulement, je rappelle encore une fois : après l’Euromaïdan, l’extrême-droite qui soutenait ces gens n’a même pas passé 2 % des voix sur tout le pays. Un groupe sans soutien populaire n’est qu’un groupe parmi d’autres et n’a pas à être brandi pour représenter tout un pays.

Défaite de Marioupol

Passons à Marioupol : il s’agit d’une ville ukrainienne de l’oblast de Donetsk, qui détient l’accès crucial à la mer d’Azov. La Russie l’a prise au terme d’un siège de plusieurs mois, du 24 février au 20 mai 2022. Ils ont commis de multiples crimes de guerre sur les civils. Bombardements de quartiers résidentiels, du théâtre (les russes accuseront évidemment le régiment Azov de l’avoir fait sauter) et de la maternité de la ville (les russes accuseront également le régiment Azov de s’être caché à l’intérieur, parleront de mise en scène et nieront en bloc que la maternité était encore en fonctionnement et contenait des patientes).

Maternité de Marioupol

On parle d’un véritable carnage, une ville rasée à 90 % (les russes accuseront les ukrainiens d’être responsables des destructions, reconstruiront un quartier ou deux et des appartements pour les plus riches puis s’acharneront à filmer ce nouveau village Potemkine pour assurer qu’ils sont, en réalité, les gentils de l’histoire), 26 000 civils tués selon l’État ukrainien, 75 000 selon une enquête d’Associated Press. 50 000 se sont faits déporter vers la Russie ou d’autres zones occupées. Il y avait au départ plus de 400 000 habitants dans cette ville. Une partie avait réussi à s’enfuir, mais la situation était vite devenue trop chaotique et les bombardements trop violents pour permettre une évacuation sécurisée.

Plusieurs charniers de plusieurs dizaines de mètres de long ont été repérés par satellite dans les environs de la ville. Ça me rappelle les Einsatzgruppen… Décidément, entre Marioupol et Boutcha, les russes appliquent des méthodes qu’ils ont appris des meilleurs…

Reddition du bataillon d’Azov

À la fin du mois de mai 2022, les derniers combattants du bataillon Azov, retranchés dans l’usine métallurgique d’Azovstal, se rendent sur l’ordre du haut-commandement ukrainien. On notera que cette reddition a eu un goût amer en sachant qu’ils abandonnaient une position cruciale aux russes – et probablement qu’ils n’allaient pas être traités de manière très charmante en captivité.

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