Beaucoup de médecins antivax sont vus comme - et se rêvent en - Galileo Galilei, celui qui a tout découvert avant les autres, le génie incompris et surtout persécuté par le système de son époque. Mais qu'en est-il réellement ?
Des médecins antivax et des scientifiques se font régulièrement entendre. Ils sont souvent présentés comme de grands chercheurs. La communauté scientifique les aurait exclus suite à leurs prises de positions lors de la pandémie de Covid-19. Examinons les polémiques associées à 3 noms du scepticisme vaccinal :
Luc Montagnier (pas dans le club des médecins antivax mais dans celui des professeurs antivax)

Lauréat du prix Nobel de médecine en 2008 pour la découverte en 1983 du virus du VIH. Ce n’est pas un médecin mais un chercheur en virologie.
(à noter que l’article de 1983 place Florence Barré-Sinoussi comme premier auteur et Luc Montagnier en dernier. Un des usages voudrait qu’on attribue la place de premier auteur à celui qui a le plus contribué à l’expérience. La dernière place est pour le superviseur qui les a dirigées. Cependant, les scientifiques ne s’accordent pas sur ce standard donc tous les articles ne le respectent pas. De plus, il faut également avoir de l’expérience en recherche scientifique pour superviser une équipe).
Ce rappel se justifie par… la créativité (je suppose…) de Montagnier avant et après son prix Nobel :
- 2002 : il prétend que la papaye fermentée guérit la maladie de Parkinson, le VIH et l’alcoolisme.
- 2009 : il publie une étude affirmant que l’ADN infectieux produirait des ondes électromagnétiques qui modifieraient la « structure » de l’eau. Il déclare la même année que l’organisme peut vaincre le VIH avec « une alimentation antioxydante ».
- 2012 : il déclare que l’autisme serait issu d’infections bactériennes. Ses expériences l’auraient conduit à « découvrir » que certaines portions d’ADN des enfants autistes émettraient des ondes électromagnétiques. La prise d’antibiotiques cesserait ces émissions et les signes de l’autisme. (afin de démontrer ses affirmations, il a prescrit à des enfants autistes des médicaments à fort risque d’effets secondaires)
- 2015 : son équipe aurait « enregistré » les ondes émises par l’ADN pour le reconstituer ailleurs (établissant la thèse de la téléportation de l’ADN).
- 2016 : il facture des analyses pour détecter la maladie de Lyme « chronique » (la maladie de Lyme existe, mais l’existence d’une version chronique n’a jamais été démontrée) via des ondes émises par l’ADN des patients à plusieurs centaines d’euros.
(Il se base sur la théorie de la mémoire de l’eau de Jacques Benveniste. Lui n’a jamais su reproduire ses résultats « révolutionnaires » sans l’aide mystérieuse d’un de ses expérimentateurs. Autrement dit, Montagnier s’est inspiré de Benveniste, un fraudeur aidé de complices)
Séquence antivax…
- 2017 : il affirme que les vaccins sont responsables de la morts subite du nourrisson (en réalité, c’est plutôt l’inverse ). Selon lui, les sels d’aluminium (adjuvants utilisés dans certains vaccins) seraient « responsables d’une tempête immunitaire » chez les bébés. Il suit alors une théorie antivax populaire à l’époque. Le paracétamol donné aux bébés fiévreux après à un vaccin les empoisonneraient.
- 2020 : il affirme que le virus du SARS-CoV-2 vient d’un laboratoire chinois. Il déclare également qu’il comporte des séquences virales issues du VIH, puis, que la vaccination crée de nouveaux variants. Concernant l’origine du SARS-CoV-2, je vous renvoie vers cet article, qui explique où en est la recherche sur les origines du virus + les scientifiques ayant repéré les séquences ADN du VIH dans celui du SARS-CoV-2 ont sélectionné des séquences très courtes et génériques qui existent dans de nombreux autres virus naturels + les premiers variants sont apparus en octobre 2020 au Royaume-Uni et en Inde avant le début de la campagne de vaccination (décembre 2020-janvier 2021). De plus, l’idéal pour qu’un virus mute beaucoup, c’est une population non vaccinée chez qui il se répand très rapidement et touche beaucoup de gens. Néanmoins, le vaccin freine la transmission, donc la vitesse des mutations et l’apparition de nouveaux variants.
Un des médecins antivax les plus connus : Didier Raoult

Professeur et microbiologiste français (celui-ci est bien un médecin)
S’est illustré par ses études sur les mimivirus (des virus plus gros que la moyenne)
Une vraie Marie Mêletout
- 2006 : lui ainsi que plusieurs de ses collègues perdent le droit de publier dans les revues de la Société Américaine de Microbiologie pendant un an pour « manquement éthique » concernant un de leurs articles.
- 2013-2014 : il s’affirme climato-sceptique. Depuis cette période, il se permet des déclarations sur le climat, bien que ce ne soit pas son champ de recherche.
- 2014 : il publie une étude sur des patients atteints du VIH, bien que ce ne soit pas son domaine de compétence. Les chercheurs spécialistes du VIH la qualifient « d’intéressante », mais déclarent qu’il s’agit d’hypothèses encore à démontrer.
Séquence IHU…
Il met en avant un grand nombre de citations à son actif, revendiquant une certaine renommée. Cependant il s’agit de citations dans des revues à faible impact, d’études de son institut auxquelles il acollait son nom, ou encore d’auto-citation. Ses nombreux articles ont rapporté beaucoup d’argent à son IHU, à tel point qu’il a menacé de cesser de les signer pour peser sur des négociations avec sa direction.
- 2017 : Plusieurs accusations de harcèlement émergent dans son unité, dont l’atmosphère est serait malsaine. Il assure qu’il s’agit d’accusations de détracteurs « jaloux » du succès de l’IHU. Il affirme avoir réglé en interne la question du harcèlement et des agressions sexuelles.
- Entre 2020 et 2021, il est la cible de nombreuses critiques concernant des sujets allant de sa gestion de l’IHU à ses publications scientifiques, en passant par des accusations de tentatives d’intimidation. Des questionnements quant à son éthique lors d’expériences impliquant des personnes humaines émergent également (essais thérapeutiques « sauvages » sur l’hydroxychloroquine et d’autres manquements à l’éthique et à la rigueur scientifique).
Séquence Covid-19
- Pendant la pandémie, il est l’auteur de multiples déclarations prophétiques dans les médias, affirmant l’absence de Xème vague / la non dangerosité du virus / l’apparition de mutations dans l’ADN de celui-ci, (en contradiction avec les constatations scientifiques au moment de sa déclaration) et enfin il a également tenu des propos non étayés de preuves sur les vaccins.
- Ses collègues l’accusent de manquer de rigueur scientifique dans ses études sur les effets de l’hydroxychloroquine : absence de groupe témoin (à qui on donnerait le traitement classique pour déterminer si la molécule testée est réellement plus efficace que les traitements disponibles ou si la guérison constatée aurait de toute manière eu lieu sans elle). Ils constatent également des lacunes dans les données présentées, des décès non mentionnés ou encore la sélection de sujets plus jeunes et donc moins à risque pour le protocole Raoult.
- Alors que l’on constate de plus en plus d’effets indésirables de l’hydroxychloroquine, Didier Raoult parle « d’hallucination collective des médias ».
Hydroxychloroquine : La résolution du problème
Une étude publiée puis rétractée dans The Lancet pousse les autorités à interdire l’hydroxychloroquine pour traiter la Covid-19 en mai 2020. Quelques mois plus tard, alors que Raoult revendique des résultats positifs, les essais randomisés contrôlés britannique et européen Recovery et Solidarity/Discovery chargés de tester différents traitements pour la Covid-19 concluent à l’absence d’effet de l’hydroxychloroquine.
Annexe : Recovery
L’essai Revovery a connu une controverse suite à des questionnements lancés par les mouvements antivax sur la dose d’hydroxychloroquine administrée et à une erreur de l’un de ses dirigeants en interview.
- Les chercheurs ont calculé la dose pour allier la quantité la plus élevée possible (pour maximiser les chances de voir des résultats rapidement) et le moins de risques de développer des complications. Les doses maximales conseillées pour les traitements normaux sont plus basses que dans le cadre d’un essai. Effectivement, dans un essai, on surveille les patients et on suit le protocole avec plus de précision que dans la vie réelle. En résumé, les chercheurs de l’essai Recovery ont poussé au maximum de ce qu’ils pouvaient administrer. Ils se sont permis cette exception à cause de l’urgence et parce que leurs patients se trouvaient dans un environnement 100% contrôlé.
- Martin Landray a confondu deux maladies aux noms similaires dans une interview, ce qui a mené Christian Perronne, antivax notoire, à le qualifier « d’incompétent ». Cela au mépris de tous les documents concernant l’essai Recovery qui citent le nom de la bonne maladie. Cela démontre une simple confusion. Ce nom reste anecdotique car cela n’a pas joué de rôle dans la détermination de la dose d’hydroxychloroquine à donner aux patients. C’était plutôt d’un point de contexte historique sur la molécule.
→ De plus, si le but initial de l’essai avait été de discréditer l’hydroxychloroquine, administrer une dose maximale aurait permis de générer des effets secondaires pour désigner la molécule comme dangereuse. Cependant, les résultats sont « aucun effet positif ou négatif », malgré l’usage d’une dose encore plus élevée que celle préconisée. Cela démontre bien l’inefficacité de la molécule.
Revenons à Didier Raoult
- 2021 : Son institut aurait mené pendant plusieurs années des essais cliniques contre la tuberculose sur des patients en incapacité de donner leur consentement. Plusieurs patients auraient été victimes d’effets indésirables et de retards de traitement les amenant à contaminer leurs proches suite à ces essais. Didier Raoult soutient qu’ils s’agissait de « choix thérapeutiques » (donc individuels) des médecins concernés et non d’un essai sauvage à l’échelle de l’institut.
- 2022 : un rapport paraît sur des accusations de management toxique et de pressions pour prescrire le protocole de soin de Didier Raoult dans son institut.
- 2023 : Désormais à la retraite, il publie une étude non autorisée. Il est accusé d’avoir mené un essai clinique sauvage. Deux études effectuées au Niger et au Sénégal sont ensuite rétractées, faute d’autorisation préalable pour les essais pratiqués sur place.
- 2024 : Didier Raoult est interdit d’exercer la médecine pour deux ans.
Il a porté plainte plusieurs fois ces dernières années. Elles ont toutes été classées sans suite, retirées, ou il a été débouté. Une plainte pour diffamation contre lui a également été classée sans suite pour cause de prescription.
Un autre médecin antivax, Christian Perronne

Il fait partie des médecins antivax. C’est un infectiologue français. Il a été renvoyé suite à des propos sur ses collègues et à des accusations de mensonge d’état dans un essai. Perronne assurait que l’État avait menti sur tout un éventail de sujets allant de la gestion des masques à une collusion avec « Big Pharma » sur le sujet de l’hydroxychloroquine. Il soutient également un autre antivax, Didier Raoult, sur ce dernier point.
Un homme confus
Il a prétendu qu’utiliser des placebos dans un essai clinique sur l’hydroxychloroquine ne serait « pas éthique » car on parle d’une maladie mortelle. C’est une confusion . En cas d’urgence, la recherche scientifique pouvait faire des études sur des patients intubés en opposant hydroxychloroquine et traitement classique. C’est justement ce qui a été fait lors de l’essai Recovery. Les critiques sur les études sur l’hydroxychloroquine portaient sur l’impossibilité de comparer l’efficacité de l’HCQ avec celle des molécules déjà utilisées à l’époque pour traiter les symptômes de la Covid-19.
Aujourd’hui, certaines études sont en cours pour les patients sains, au début de la maladie ou en prévention des symptômes. Aucune n’a pour l’instant montré un avantage réellement significatif. Sans compter qu’il ne s’agit pas d’un enjeu majeur, il existe des moyens de prévenir l’apparition d’infections respiratoires (gestes barrières & hygiène) et des traitements pour les patients les moins à risque qui attraperaient ce virus.
Anecdotes amusantes
- Son nom apparaît dans le procès-verbal de l’association loi 1901 Chronimed. Cette association a été cofondée par, entre autres, par le professeur antivax aujourd’hui décédé, Luc Montagnier. Elle a été accusée d’essais sauvages sur des enfants autistes. (prescriptions d’antibiotiques, d’antifongiques et d’antiparasitaires en dehors de tout cadre légal et au mépris des effets secondaires.) Ses membres ont faits l’objet de plusieurs signalements à l’Ordre des Médecins. (L’obsession pour l’autisme est malheureusement chronique de nos jours…) Cependant, il ne l’a pas signé et n’est donc pas officiellement membre.
- Il veut faire reconnaître l’existence d’une maladie de Lyme « chronique ». Selon lui, cette maladie viendrait d’expériences sur des tiques menées par un chercheur nazi réfugié aux USA. D’après lui, il y aurait une explosion des cas de Lyme dans le monde cachée par l’armée américaine. Il a développé des traitements à base d’antibiotiques et revendique des guérisons pour cette maladie dont l’existence n’est pas démontrée.
Médecins antivax, épisode 2…
Selon lui, la mise sur le marché des vaccins contre la Covid-19 était illégale. Il affirme qu’ils provoquaient des fausses couches chez les femmes enceintes. Il a également prophétisé sur différents plateaux de télévisions la fin de la pandémie ou encore l’absence de Xème vague.
- En 2025, il affirme qu’en Slovénie, des politiques auraient reçu des placebos au lieu de véritables vaccins. Des codes sur les vaccins permettraient de différencier des placebos, des vaccins normaux et des vaccins provoquant le cancer.
Cette affirmation provient d’une infirmière slovène (du club des infirmières antivax…) à la retraite depuis plusieurs années. Elle n’a jamais travaillé dans un centre de vaccination contre la Covid-19. Ses propos ont également été déformés. Les codes étaient en réalité des chiffres sur les certificats de vaccination et non les bouteilles de vaccins. Ils correspondaient au type de certificat numérique utilisé dans l’UE. Voici l’article de l’AFP qui explique en détails d’où vient cette affirmation.
Avons-nous réellement été les cobayes d’un essai de vaccins à ARN messager pendant la pandémie de SARS-CoV-2 ?
Voyons voir où en était la recherche avant la pandémie :
En ce qui concerne les animaux, le Canada autorise depuis 2018 l’administration d’un vaccin à ARN messager contre l’influenza porcine.
Un candidat vaccin de CureVac contre la rage était également en phase de test sur les humains depuis mi-2019. Pour compléter, les recherches sur les vaccins à ARN messager datent des années 1980. On étudie la possibilité de créer des vaccins contre des cancers en utilisant cette technique depuis les années 2000.
Des questions pas si bêtes
Mais pourquoi les vaccins précédents ont mis des années à être autorisés alors que ceux-là l’ont été en quelques mois ? C’est pas le signe d’une négligence ?
Questions intéressantes… sauf que :
-> Aucun effet secondaire d’un vaccin n’est jamais apparu des mois, voire des années après l’injection. S’il y en a, ils se manifestent dans les heures/jours suivant la vaccination et au maximum 1-2 mois après l’injection.
-> Si les essais de vaccins durent longtemps, ce n’est pas par manque de temps mais de gens. Tester un vaccin n’a jamais été un argument marketing très vendeur pour les laboratoires. L’étiquette de cobaye n’est pas très réjouissante. Pendant la pandémie, le développement de ces vaccins a été très suivi, les gens savaient que des vaccins allaient arriver. Dès que l’essai a ouvert, les laboratoires ont disposé d’un panel de cobayes bien plus nombreux que d’habitude. Cela leur a permis d’accélérer la mise sur le marché.
Ils ont réuni plus rapidement le nombre de gens nécessaires pour remplir les exigences de la mise sur le marché. Nous n’avons pas assisté à une recherche rapide mais à un rythme soutenu par l’affluence de candidats. Cela justifie la mise sur le marché moins tardive que pour les précédents vaccins : Les laboratoires ont pu remplir les mêmes exigences que précédemment, mais bien plus rapidement.
J’ai lu que les vaccins n’avaient jamais testé l’efficacité d’un vaccin par rapport à un placebo, c’est vrai ?
Effectivement. Vous voulez un test d’un vaccin avec placebo ? Très bien, on va sélectionner une cohorte d’enfants (certainement mis joyeusement à disposition par leurs parents), dont un petit pourcentage avec des comorbidités. Aucun sadisme, les vaccins étant administrés à des enfants, on n’a pas d’autre choix que de les prendre en sujets de test. Et il faut aussi des enfants avec des comorbidités pour reproduire les proportions déjà existante dans la population.
On leur injecte des placebos à la place des vaccins. Ensuite, on les laisse grandir en regardant si l’effet placebo sera suffisant pour combattre toutes les maladies qu’ils pourraient croiser (tétanos, diphtérie, polio et autres joyeusetés). Ou alors, on leur injecte les maladies concernées l’une après l’autre.
Les parents s’occupent de leur gamin. Ensuite, ils l’emmènent à l’hôpital pour le regarder souffrir/rendre l’âme en mentant sur ses vaccins puis en hurlant sur le docteur qu’il doit absolument trouver l’antibiotique miracle alors qu’un test d’identification de bactérie prend plusieurs heures à plusieurs jours, voire plus longtemps si jamais il y a plusieurs cas en même temps). Une grande avancée scientifique en perspective.
Des enfants morts/vivants mais avec des séquelles graves et dont les parents préféreront accuser l’hôpital de ne pas avoir trouver le remède à temps plutôt que de se demander pourquoi leur marmot a chopé une maladie du siècle dernier sains, forts, pas autistes et nourris aux plantes vertes sans le moindre produit chimique.
Blague à part, on comprend que la vaccination fonctionne sans avoir besoin de placebo : quand une zone a une bonne couverture vaccinale face à la rougeole, il n’y a plus de cas. Lorsqu’un cas apparaît, c’est systématiquement dans une zone moins bien couverte. Et c’est la même chose pour toutes les maladies pour lesquelles les chercheurs ont développé des vaccins.
Conclusion
J’espère donc avoir démontré que nos soi-disant « génies incompris » antivax étaient déjà accoutumés des déclarations plus ou moins alambiquées avant la pandémie. La gêne de leurs confrères n’est pas nouvelle. Pour ce qui est du parcours de développement des vaccins pendant la pandémie, il a traversé de nombreuses étapes avant d’arriver à la conclusion que les vaccins à ARN messager étaient la meilleure option contre ce virus, mais ce n’était pas la seule (voir cet article).